La baisse progressive du rendement du Livret A marque un changement important pour l’épargne des ménages français. Longtemps utilisé comme un support de sécurité par défaut, il ne permet plus aujourd’hui de préserver durablement le pouvoir d’achat ni de répondre aux enjeux de construction patrimoniale à moyen et long terme.
En 2026, l’enjeu pour les conseillers en gestion de patrimoine n’est donc plus de remettre en cause l’existence du Livret A mais de savoir comment l’intégrer de manière cohérente dans une architecture patrimoniale globale qui suppose d’arbitrer entre liquidité de précaution, projets identifiés et capital mobilisable, tout en tenant compte du profil de risque, des horizons d’investissement et des contraintes fiscales propres à chaque situation.
Même lorsque son taux nominal paraît compétitif, le Livret A reste pénalisé par un rendement réel souvent négatif. Dès lors que l’inflation excède le taux servi, l’épargne placée perd mécaniquement de sa valeur dans le temps. Cette situation, observée de manière récurrente ces dernières années malgré les revalorisations successives décidées par les pouvoirs publics, a profondément modifié l’équilibre entre sécurité apparente et efficacité patrimoniale.
Pour de nombreux épargnants, cette érosion est peu perceptible à court terme. Pourtant, à l’échelle de plusieurs années, elle représente un coût d’opportunité significatif. Des montants parfois élevés restent ainsi immobilisés sur des supports liquides, peu rémunérateurs, sans horizon ni finalité clairement identifiée. Pour le conseiller en gestion de patrimoine, il s’agit souvent d’un premier signal révélateur lors d’un audit : une trésorerie présente mais non pilotée.
Dans la pratique, le Livret A sert de réceptacle à des flux hétérogènes : excédents de revenus, produits de cession, primes exceptionnelles, héritages partiels ou épargne de précaution surdimensionnée. Cette accumulation progressive, sans segmentation claire entre liquidité de sécurité et capital mobilisable, limite la capacité à construire une stratégie cohérente.
Cette absence de hiérarchisation crée un angle mort dans le conseil. Tant que la fonction du Livret A n’est pas clarifiée, il devient difficile de raisonner en allocation, en horizon d’investissement ou en objectif patrimonial. C’est précisément à ce stade que l’intervention du CGP prend tout son sens : non pas remettre en cause le support lui-même mais redonner une intention à chaque euro placé.
Toute démarche patrimoniale cohérente commence par une lecture fonctionnelle de la trésorerie. Une part doit rester immédiatement mobilisable pour couvrir les imprévus et sécuriser le quotidien. Une autre peut être affectée à des projets identifiés à horizon court ou intermédiaire. Enfin, le solde relève d’une logique d’investissement et de valorisation à plus long terme.
Cette segmentation, souvent implicite dans la pratique du conseiller, gagne aujourd’hui à être formalisée. Elle permet de poser un cadre clair, de documenter les arbitrages et de démontrer la cohérence entre le niveau de liquidité conservé, le profil de risque et les objectifs poursuivis. Pour le client, cette clarification change la perception de son épargne. Chaque enveloppe retrouve une utilité précise et assumée.
Une trésorerie bien pilotée n’est pas une trésorerie systématiquement investie. Il s’agit d’une trésorerie pensée comme un levier au service de la stratégie globale. En définissant des horizons, en hiérarchisant les priorités et en reliant chaque allocation à un objectif concret, le CGP ne cherche pas uniquement à améliorer le rendement. Il installe une logique de pilotage et de maîtrise.
Le client comprend enfin les arbitrages. La liquidité cesse d’être perçue comme un simple refuge faiblement rémunéré et devient un élément actif de la construction patrimoniale. Et c’est précisément dans cette capacité à donner du sens aux flux que se crée la valeur ajoutée du conseiller, bien au-delà du choix des supports.
La question n’est pas de supprimer le Livret A mais de le repositionner dans une architecture patrimoniale cohérente. Il conserve un rôle utile pour la liquidité immédiate et la sécurité d’épargne du client. En revanche, au-delà de ce socle, d’autres enveloppes permettent d’introduire de la flexibilité, de la diversification et une capacité d’adaptation dans le temps.
L’assurance-vie, par exemple, permet de maintenir une poche sécurisée tout en ouvrant l’accès à des supports financiers diversifiés, ajustables selon le profil de risque, l’horizon et les objectifs.
Cette approche globale répond à une attente forte de lisibilité. Les clients recherchent effectivement une stratégie compréhensible, évolutive et alignée avec leur situation réelle.
La réallocation de la trésorerie s’inscrit souvent dans une trajectoire progressive, rythmée par des événements de vie, des seuils de marché ou des objectifs intermédiaires. Cette progressivité rassure le client et permet d’ajuster la stratégie sans remettre en cause l’équilibre global.
Pour le conseiller, l’enjeu est de pouvoir comparer plusieurs scénarios, d’en mesurer les impacts fiscaux et patrimoniaux, puis de documenter chaque arbitrage. Cette capacité à structurer, simuler et tracer les décisions devient un véritable socle métier. Elle sécurise le devoir de conseil, renforce la crédibilité de la recommandation et installe une relation de confiance durable.
C’est précisément dans cette approche méthodique que la trésorerie cesse d’être un stock passif pour devenir un levier stratégique pleinement intégré à la construction patrimoniale.
En 2026, le conseil patrimonial ne se limite plus à une recommandation ponctuelle. Il s’inscrit dans un processus continu, fondé sur la capacité du conseiller à exploiter la donnée client de manière structurée et évolutive. Niveau de liquidité, exposition au risque, horizon d’investissement, contraintes fiscales ou objectifs de vie deviennent des paramètres à suivre, à ajuster et à documenter dans le temps.
Un environnement comme le HUB permet de centraliser les données patrimoniales, de les mettre en cohérence et de les faire évoluer au rythme des décisions prises et des événements traversés par le client. Le conseil devient ainsi traçable, explicable et réutilisable, même lorsque les marchés se retournent ou que la situation personnelle change.
Avec Ernest, le CRM patrimonial intégré au HUB, le conseiller dispose d’une vision consolidée et actualisée de la situation financière de chaque client. Les flux de trésorerie, les supports détenus, les arbitrages réalisés et les décisions antérieures sont historisés et contextualisés. Cette mémoire du conseil permet de comprendre non seulement ce qui a été décidé mais aussi pourquoi et dans quel cadre.
Cette approche permet d’identifier rapidement les poches de liquidité sous-utilisées, de détecter les incohérences entre objectifs et allocations ou d’anticiper les ajustements nécessaires à l’approche d’un changement de situation. Les alertes et les points de vigilance deviennent des opportunités de conseil proactif, sans ressaisie ni rupture dans le parcours.
En structurant le conseil autour de la donnée et de sa traçabilité, le CGP renforce à la fois sa crédibilité, sa capacité d’anticipation et la confiance du client.
La baisse du Livret A est souvent vécue par les clients comme une perte de repère. Ce qui était perçu comme un socle stable devient soudain décevant.
Pour le CGP, cette situation constitue pourtant un point d’entrée particulièrement pertinent pour réactiver la relation. Le sujet est concret, factuel, directement mesurable et rarement anxiogène. Il permet d’engager un dialogue sur l’utilité réelle de l’épargne, sans remettre en cause le besoin de sécurité du client.
Lorsqu’elle est bien conduite, cette discussion dépasse la simple question du rendement. Elle ouvre sur une réflexion plus large autour des objectifs, des horizons et du rôle de chaque poche de trésorerie dans l’équilibre global du patrimoine. Le CGP se positionne comme un architecte de trajectoire patrimoniale, capable de redonner du sens à des décisions parfois prises par défaut.
Transformer une trésorerie dormante ne vise pas un arbitrage opportuniste ni un gain immédiat. L’enjeu est d’inscrire les décisions dans une logique cohérente et durable. En structurant la démarche autour de revues régulières, de scénarios ajustables et d’une documentation claire des choix opérés, le conseiller sécurise à la fois sa recommandation et la compréhension du client.
Cette approche progressive renforce aussi la relation dans la durée. Le client perçoit que sa stratégie évolue avec lui, en fonction des marchés, de sa situation personnelle et de ses priorités. La confiance repose sur la clarté du raisonnement et la continuité du suivi. C’est précisément cette posture qui distingue un conseil patrimonial structuré d’une simple réponse conjoncturelle à la baisse du Livret A.
En conclusion, la baisse du rendement du Livret A agit comme un révélateur plus que comme une simple évolution réglementaire. Elle met en évidence les limites d’une épargne accumulée sans pilotage, sans objectif clairement défini et sans articulation avec le reste du patrimoine. Ce qui était autrefois perçu comme une solution universelle devient un point de questionnement légitime pour de nombreux clients.
Pour les conseillers en gestion de patrimoine, ce contexte constitue une opportunité structurante. Il invite à reposer les fondamentaux du conseil : clarifier les usages de la liquidité, hiérarchiser les priorités, projeter les décisions dans le temps et documenter chaque arbitrage. Cette démarche renforce ainsi la posture de conseil du CGP, sécurise ses recommandations et installe une relation client fondée sur la confiance, la pédagogie et la continuité.